L’hégémonie du bio

Le bio devient vraiment à la mode, c’est bien beau toussa mais faudrait quand même qu’on sache un peu ce que c’est.

Qu’est-ce que le bio?

L’agriculture biologique doit : « […] recourir à un minimum de ressources externes, [de] ne recourir à aucun produit chimique synthétique (engrais minéraux, pesticides, médicaments) et aucun organisme génétiquement modifié, [d’] utiliser uniquement des engrais biologiques et des pesticides naturels, [de] recourir à une rotation pluriannuelle des cultures et [de] favoriser le maintien des matières organiques et de la vie microbienne dans le sol. » (Bel, 2015)

Donc, techniquement, l’agriculture biologique entre également dans une optique de développement durable, en promouvant par exemple la rotation des cultures (qui évite l’appauvrissement des sols et la prolifération de ‘super’ insectes résistants aux méthodes naturelles d’élimination). Attention, pas de pesticides ne veut pas dire pas de traitement: les sols doivent tout de même être enrichis en minéraux avec des engrais naturels ou du compost. Attention: la mention « bio » est une appellation protégée dans le domaine de l’agriculture mais PAS dans la cosmétique! En gros, ça veut dire que n’importe qui peut mettre l’appellation « bio » sur un cosmétique même s’il ne respecte pas le cahier des charges de l’appellation « bio » en agriculture. Les cosmétiques dits « bio » sont donc à prendre avec grande précaution.

Comment reconnaît-on un aliment ou une préparation bio?

Dans toute l’Europe, le logo en forme de feuille garantit qu’au moins 95% des ingrédients de la préparation sont issus de l’agriculture biologique. Attention, ça ne veut pas dire que les ingrédients sont d’origine européenne. Les produits issus des pays non-européen peuvent bénéficier du label mais doivent (théoriquement) respecter les mêmes réglementations.

En Belgique, le label « biogarantie » doit respecter les mêmes réglementations que le label précédent, mais va un peu plus loin dans certains domaines qui ne sont pas encore réglementés par l’Union Européenne. A l’instar du label bio européen, le label biogarantie « […] promeut également l’application de prix équitables, la conservation des ressources (eau, énergie, biodiversité), la minimisation du transport, des emballages et des déchets, et la promotion des produits locaux et de saison. » (Certisys, 2014)

Outre la Belgique, chaque pays dispose de son ou ses propre(s) logo(s): EcoVeg, Bioland, Naturland (entre autres) en l’Allemagne, EcoCert, AB (entre autres) en France, BioLabel au Luxembourg, EKO aux Pays-Bas, etc. Si ça t’intéresse, le site organic-bio en sources donne la plupart des logos par pays. Il est intéressant de voir que des produits avec un de ces labels, ou les deux, proviennent parfois de perpette. On peut alors se poser la question si oui ou non les réglementations sont aussi strictes qu’elles n’y paraissent. La phrase « promotion des produits locaux et de saison » ne veut pas dire que les produits sont d’office locaux et de saison.

Est-ce que le bio garantit une alimentation
saine et équilibrée?

Non! Manger bio ne veut pas dire manger sain. Tu peux cuire tes frites à l’huile de tournesol bio, ça restera de la pomme de terre gorgée de matières grasses. Et tu vas quand même grossir. Désolée de te briser le coeur, mais la cellulite c’est joli tu sais.

Est-ce que le fruit ou le légume bio est
meilleur en goût que son équivalent non bio?

Pas toujours. Le goût de l’aliment, bio ou pas bio, dépend surtout de la manière dont il a été cultivé. Une courgette produite avec les moyens conventionnels cueillie au bon moment aura un goût prononcé, tandis qu’une bio cueillie trop tard dans la saison sera gorgée d’eau et n’aura aucun goût.

Est-ce que acheter le bio garantit
une consommation durable et responsable?

Pas toujours! Le problème avec la mode du bio, c’est qu’on entend tout et n’importe quoi et on finit par croire que le bio c’est magique et que ça va régler tous les problèmes de la planète. Un produit biologique aura moins de pesticides, ça c’est un fait. Mais après y’a aussi toute la dimension du transport, de la saison de culture, du type de culture (sous serre ou non), des emplois précaires et de la pression sur les agriculteurs, de l’utilisation du plastique, et j’en passe. Tu préfères quoi:

  • Un concombre biologique cultivé par des petits hongrois affamés en plein soleil au fin fond du sahara, transporté par un vieux camion qui consomme 25l/100 km dans un emballage plastique individuel,
  • Ou un concombre pas biologique cultivé par une ferme pas loin de chez toi?

 
Comment ça les concombres ça pousse pas dans le désert?

Bon, c’est un peu excessif mais tu as compris l’idée. En plus de tout ça le bio ne résoud pas le problème de la surconsommation. La surconsommation, c’est le principe de consommer plus que ce qu’on a vraiment besoin. Franchement, je suis la dernière à pouvoir juger qui que ce soit car j’ai toujours peur qu’il y ait trop peu donc « on va acheter 2 concombres au cas où ». Puis ledit concombre finit au compost car on en a marre de bouffer du concombre depuis une semaine. C’est quoi la solution à ça? Augmenter la surface agricole du bio? La surface agricole Européenne est déjà surchargée. Augmenter la rentabilité du bio? On peut essayer oui…mais ça n’atteindra jamais la rentabilité des champs non-biologiques. Ce qu’il nous reste: consommer moins et consommer mieux. Je sais qu’on entend ça aussi à toutes les sauces, et c’est chaud de faire ça sans quelques conseils que tu trouveras en fin d’article.

Faut-il pointer du doigt les autorités?

La faute est partagée entre les industriels, les supermarchés, les vendeurs, les autorités, et nous.

Hé oui, c’est partiellement de notre faute. Si le consommateur demande, les magasins fournissent, c’est comme ça. Si tu veux des fraises en hivers, les vendeurs vont remuer ciel et terre pour t’en trouver, peu importe les conséquences qu’il y a derrière. C’est le consommateur qui dicte ce qui se trouvera dans les rayons, en quelle quantité…et donc, à quelle qualité, indirectement. Si on arrêtait d’acheter des tomates bio en janvier (et même des tomates pas bio) ben…les magasins n’en proposeraient plus car ça ne serait pas rentable de les vendre à cette époque de l’année. Exemple frappant que j’ai découvert l’autre jour: une vidéo de 3 minutes sur le traitement chimique des crevettes. Les supermarchés savent très bien que personne n’achèterais une crevette pleine de taches. Ducoup…y’en a pas.

« D’accord j’ai bien compris mais maintenant qu’elles sont là ces tomates, autant les acheter, sinon elles finiront à la poubelle. »

Quand tu veux commencer un nouveau sport, tu t’y mets pas tout de suite: d’abord tu hésites pendant 2 semaines parce que bon le sport c’est bien mais faire des efforts c’est chiant quand même, puis tu choisis le sport qui te convient le mieux, puis tu cherches le club, puis tu t’inscris…ça peut prendre des semaines.

Hé bin les magasins c’est pareil. D’abord ils vont hésiter pendant des semaines car bon manger de saison c’est bien mais faire moins de bénéf c’est chiant quand même. Puis ils vont se bouger et enlever les tomates des étalages en hivers. Donc oui, des tomates seront jetées pendant un petit temps, mais ce n’est rien comparé aux bénéfices sociaux et environnementaux de ne plus du tout vendre de tomates en hivers. Je sais qu’on croit tous en un monde meilleur mais faut pas s’attendre à des miracles: c’est la source de la demande, le consommateur, qui peut faire tout changer. La concurrence est tellement grande entre les magasins qu’ils ne peuvent pas se permettre de retirer d’un coup toutes les tomates de leurs étalages: ils se feraient lyncher par leurs clients.

Où trouve-t-on du bio?

Je connais personnellement 3 types d’endroit où acheter ses produits biologiques (y’en a sans doute d’autres que je ne connais pas encore): les marchés, GASAP et les associations type « La ruche qui dit oui » qui permettent d’acheter directement au producteur, les magasins de vrac et Les supermarchés.

Les marchés, GASAP et associations

Ils proposent des fruits locaux et de saison, et puisque tu achètes directement au producteur c’est lui qui pose ses prix pour avoir un salaire correct. Les produits sont souvent en vrac ou dans des barquettes que tu peux leur rendre pour qu’ils les réutilisent.

Les magasins de vrac

Ils proposent des aliments biologiques en vrac. Certains s’approvisionnent directement chez le producteur, d’autres à des centrales qui gèrent plusieurs filières de production biologique. Dans les deux cas, ces magasins ne vendent pas toujours des produits locaux, et pas toujours des produits de saison, parce qu’ils ne vendaient que ce qui pousse en Belgique, l’offre ne serait pas assez diversifiée et ils perdraient des clients. On comprend les deux côtés: le magasin qui a besoin de faire tourner sa baraque, et le client qui a envie de bouffer autre chose que des courgettes.

Les supermarchés

Ils fournissent du bio, parfois en vrac mais le plus souvent emballé, sans trop préciser où ils s’approvisionnent ni ce qui se passe dans les coulisses: en gros, il y a clairement un manque de transparence. Une des choses qui me dérange, c’est notamment la rumeur selon laquelle le supermarché ajouterait une marge supplémentaire, non nécessaire, au prix final du produit. Impossible de vérifier si c’est vrai. Par exemple: imaginons qu’une banane non bio coûte 1 euros (0,5 euros pour l’achat du produit et 0,5 euros de marge), et une banane bio 1,5 euros (1 euros pour l’achat du produit et 0,5 euros de marge). Certains supermarchés peu scrupuleux vendront la banane à 2 euros pour faire 1 euros de marge au lieu de 0,5 euros. Et il n’y a pas que ça qui dérange: la saison, la localité, la pression faite sur les producteurs,…Un côté obscur difficile à percer, même s’il existe probablement des supermarchés qui essaient vraiment d’être honnêtes et éthiques.

Rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc.

Le bio responsable et durable est-il une catastrophe pour le portefeuille?

Oui mais en fait non. Mais purée tu pourrais pas être plus claire des fois?

Une vérité indéniable, c’est que le bio est plus cher que son équivalent conventionnel. L’agriculture biologique est moins productive que l’agriculture intensive et nécessite parfois plus de main d’oeuvre, et ça, ça coute! Par contre, acheter bio n’est pas forcément une catastrophe pour ton portefeuille: ça dépend ce que tu consommes, et comment tu le consommes. Manger bio sans changer tes habitudes de consommation peut tripler, voire quadrupler ton budget. Quand on a l’habitude de manger de la viande et des plats préparés tous les jours, et chaque fois dans des quantités astronomiques, pas étonnant qu’on ne peut pas se permettre de manger bio. Voici quelques principes qui permettent de changer tout ou une partie de son alimentation en bio:

Acheter moins

Un euro économisé est un euro qui n’est pas dépensé.

Acheter de saison

Un légume acheté dans la bonne saison sera moins cher.

Privilégier les légumineuses, produits laitiers et les oeufs

Ce sont de bons apports de protéines qui peuvent remplacer la viande. Attention, cela vaut pour les personnes qui ont un foie et des intestins en parfaite santé, qui digèrent les protéines végétales correctement. Autrement, les protéines animales sont très importantes, surtout le matin et le midi.

Cuisiner et manger le moins transformé possible

Dès qu’un produit est transformé le prix explose. Une soupe toute faite bio peut coûter 3 à 4x plus cher qu’une soupe faite soi-même avec des légumes bios. En plus, au plus un produit est transformé, au plus il y a de chance de trouver de la merde dedans (parfois au sens littéral).

Acheter au marché de sa ville

Ils font parfois des pris de gros en fin de journée mais n’abuse pas de leur gentillesse, eux aussi doivent se nourrir. En plus tu fais connaissance avec les producteurs de ta région et ça, c’est trop bien 😉

Eviter les promotions

A nouveau, un euro économisé est un euro qui n’est pas dépensé. Avec une promotion 3+1 gratuit, même si on paie moins cher chaque paquet individuel, on a quand même déboursé plus que prévu! L’excuse du « je l’utiliserai bien un jour » ça va 1 fois, 2 fois, puis…on finit par remplir nos placards. On finit par les oublier et par en racheter. Les promos permettent de faire des économies seulement si ton budget n’est pas trop serré et que tu tiens bien à jour ce qu’il reste dans tes armoires.

Adapter ses recettes et ses quantités

Essayer de cuisiner les bonnes quantités (pas évident), et cuisiner plus simplement. C’est très dur pour moi car j’ai toujours peur que mes invités n’aient pas assez, ou que le plat n’ait pas assez de goût. Résultat: je cuisine pour 3 jours et je mets plein d’ingrédients différents et au final on ne goûte plus les ingrédients.

Ça a l’air très compliqué vu comme ça, et je te comprends parfaitement. Ce n’est pas possible de passer du zéro à tout bio/tout local/tout de saison, la transition se fait pas à pas. Et puis, de nombreux producteurs locaux fournissent des produits de très bonne qualité mais ne peuvent pas labelliser « bio » leurs produits car la réglementation est très sévère. Renseigne-toi sur les coopératives et magasins de vrac qui se trouvent près de chez toi, tu verras petit à petit tu feras ton chemin !

Conclusion

  • Le but n’est pas de moraliser ou de juger qui que ce soit: on a tous un contexte de vie qui explique nos choix. Mais il est important de savoir que tu as un pouvoir énorme sur ce qui se trouve sur le marché.
  • Ce n’est pas parce qu’il y a des dérives dans le bio qu’il ne faut pas acheter de bio (bien essayé). Le bio est une nécessité et un espoir pour l’avenir que je recommande à 100%, mais pas à tout prix: pas au prix d’un océan rempli de plastique, pas au prix d’agriculteurs sous-payés, pas au prix d’autres êtres vivant. Ce n’est pas nécessaire de tout acheter en bio (certains fruits et légumes sont moins pollués que d’autres). Parfois il faut faire l’effort d’arrêter la course effrénée à la bouffe saine pour se poser les bonnes questions et définir ses priorités.

Sources

  • Astier, M. (2016). La grande distribution s’engouffre dans la bio… et en menace les valeurs. Retrieved March 15, 2018 from https://reporterre.net/La-grande-distribution-s-engouffre-dans-la-bio-et-en-menace-les-valeurs
  • Bel, S. Alimentation biologique. Dans : Lebacq T, Teppers E (éd.). Enquête de consommation alimentaire 2014-2015. Rapport 1. WIV-ISP, Bruxelles, 2015. Retrieved February 3, 2018 from https://fcs.wiv-isp.be/nl/Gedeelde%20%20documenten/FRANS/OP_FR.pdf
  • Certisys. (2014). Biogarantie® et Ecogarantie®. Retrieved February 3, 2018 from https://www.certisys.eu/index.php?nomenu=7&lg=fr
  • Closson, C. & Alimentation 21. (2015). Manger sain et durable sans grignoter son budget. [Brochure] Belgique: Bruxelles Environnement.
  • Commission Européenne. (s.d.). Questions & answers. Retrieved February 2, 2018 from https://ec.europa.eu/agriculture/organic/sites/orgfarming/files/docs/body/organic_logo-faq_en.pdf
    Iporex. (2017). Labels. Retrieved February 3, 2018 from https://www.organic-bio.com/fr/labels/?sort=country
  • Cornali, E., Lanfranchi, M., Kazandjian, C. (Producteurs). (2008). C’est pas sorcier [Reportage] France: France 3. Retrieved from https://www.youtube.com/watch?v=QioWHYGCX70
  • Ecoconso. (2015). Les labels sous la loupe! Guide de défrichage pour éco-consommateur. Retrieved April 25, 2018 from http://www.ecoconso.be/sites/default/files/publications/ecoconso_labels_a5_web.pdf
  • A. Louvigny. (2017). Le bio plus cher à cause des marges « exorbitantes » appliquées par la grande distribution en France. Retrieved August 28, 2018 from https://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-bio-plus-cher-a-cause-des-marges-exorbitantes-appliquees-par-la-grande-distribution-en-france?id=9695508
  • Out of the Box – l’Alimentation de demain. (2017). Famille zéro déchet: Notre pouvoir, c’est l’euro qu’on a dans la poche. [Vidéo] Retrieved March 23, 2018 from https://www.facebook.com/actoutofthebox/videos/1947711818847748/?hc_ref=ARTnNS-OFzi7oIZYXecmHv0CWMS7X2VnxF85McJTWR0oFQ51ofRcSRdR85Hay_KPCv4&pnref=story
  • Sillaro. E. (2016). Que se cache-t-il derrière le bio de supermarché ? Retrieved February 3, 2018 from http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/34889/se-cache-t-il-derriere-bio-de-supermarche
  • Verbeken, H. (2014). Menus#9 : pourquoi les promotions ne vous feront jamais faire de vraies économies. Retrieved March 15, 2018 from http://www.sortezdevosconapts.com/2014/09/menus-9-pourquoi-les-promotions-ne-vous-feront-jamais-faire-de-vraies-economies.html

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